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Virginie Grimaldi : tous ses romans dans l'ordre

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Virginie Grimaldi : tous ses romans dans l'ordre

Une bonne nouvelle pour commencer : chez Virginie Grimaldi, il n’y a pas de série, pas de personnage récurrent, pas de suite cachée. Chaque roman se referme sur lui-même. L’ordre de parution est donc informatif, jamais contraignant. La vraie question n’est pas de savoir par où commencer chronologiquement, mais par quel sujet, parce que ces livres se ressemblent moins qu’on ne le dit.

Le socle : les romans de 2015 à 2022

AnnéeTitreLe sujet en une phrase
2015Le Premier Jour du reste de ma vieUne femme quitte son mari le jour de ses quarante ans et embarque sur une croisière
2016Tu comprendras quand tu seras plus grandeUne septuagénaire en maison de retraite refuse de s’y laisser mourir
2017Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluieUn couple qui a perdu un enfant tente de ne pas se perdre lui-même
2018Il est grand temps de rallumer les étoilesUne mère et ses deux filles partent en camping-car vers la Scandinavie
2019Quand nos souvenirs viendront danserDes voisins d’une impasse se battent pour éviter la destruction de leur rue
2020Et que ne durent que les moments douxDeux femmes, deux maternités très différentes, racontées en parallèle
2021Les PossiblesUne fille s’installe chez sa mère atteinte de troubles de la mémoire
2022Il nous restera çaTrois solitudes que la colocation force à cohabiter

Ces huit titres forment le noyau de l’œuvre. La production s’est poursuivie depuis, et la règle reste la même : chaque nouveau roman est autonome, et rien n’oblige à respecter la chronologie.

Ce que ces romans font, et ce qu’ils ne font pas

Roman posé sur un banc de jardin avec un carnet et une paire de lunettes

Le procédé est constant et il est efficace. On prend un sujet lourd, souvent très lourd : le deuil d’un enfant, la maladie neurodégénérative, le vieillissement, la dépression post-partum, l’expulsion. On le traite avec de l’humour, des chapitres courts, des dialogues rapides, et une narration à la première personne qui parle comme une amie.

Ce mélange explique le succès et les critiques. Ceux qui aiment y trouvent un accès direct à des sujets que la littérature dite sérieuse aborde souvent par le haut, avec une distance qui les tient à l’écart. Ceux qui n’aiment pas reprochent une facilité de ton et une résolution trop douce.

Les deux jugements sont défendables. Ce qui est certain, c’est qu’on ne lit pas ces romans pour l’écriture : on les lit pour les personnages et pour la manière dont ils tiennent debout. Un lecteur qui cherche une phrase travaillée passera à côté. Un lecteur qui cherche à être accompagné dans une période difficile trouvera exactement ce qu’il vient chercher.

Par lequel commencer selon ce que vous cherchez

Le classement par ordre de parution ne dit rien à un nouveau lecteur. Voici une entrée par besoin, qui marche beaucoup mieux.

Pour rire. Le Premier Jour du reste de ma vie est le plus léger, le plus proche du roman de rebond, avec un ton de comédie assumé. C’est aussi le premier livre, et cela se sent : le procédé est moins maîtrisé, les ficelles plus visibles. Il reste une porte d’entrée douce.

Pour la famille. Il est grand temps de rallumer les étoiles est le plus consensuel de tous. Un road-trip en camping-car, une mère et deux adolescentes, la Scandinavie, et un secret. C’est le titre que l’on offre le plus, et pour de bonnes raisons : il est équilibré, drôle, et sa fin fonctionne.

Pour être bouleversé. Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie traite du deuil d’un enfant à travers les lettres qu’un homme écrit à sa femme. C’est le plus dur et probablement le plus réussi. Ne l’ouvrez pas en période fragile.

Pour le collectif. Quand nos souvenirs viendront danser installe une galerie de voisins dans une impasse promise à la démolition. C’est le plus collectif, le plus tendre, et celui où la mécanique du groupe produit les meilleures scènes.

Pour la maternité. Et que ne durent que les moments doux met face à face deux femmes qui vivent la maternité de deux manières irréconciliables. Le livre dit ce que peu de romans grand public disent sur l’ambivalence maternelle.

Les Possibles, le roman qui change de registre

Paru en 2021, ce roman marque une inflexion. Une femme s’installe chez sa mère dont la mémoire s’effiloche, et le récit alterne entre le présent de la maladie et le passé d’une enfance qui n’avait rien d’idyllique.

C’est le livre où l’humour recule le plus au profit de la gravité. Le personnage de la mère est irritant, égoïste, difficile à aimer, et le roman ne cherche pas à le racheter à tout prix. Cette absence de rachat est ce qui le distingue : la réconciliation n’y est ni complète, ni facile.

Pour un lecteur qui trouve les autres titres trop sucrés, celui-ci est souvent le bon test.

Ce qui revient d’un livre à l’autre

Étagère de salon garnie de romans contemporains et d’une plante verte

Lire quatre ou cinq de ces romans à la suite fait apparaître des constantes.

La narration à la première personne, presque toujours au féminin, avec un ton de confidence. Les chapitres très courts, souvent trois à cinq pages, qui rendent la lecture rapide et permettent de reprendre sans effort après une interruption. Les listes, les messages, les carnets insérés dans le récit, qui aèrent le texte. Et un secret révélé tardivement, qui recolore ce qui précède.

Ces tics sont des outils de confort, et ils fonctionnent. Ils ont aussi un effet secondaire : enchaîner les titres finit par lasser, parce que la mécanique devient prévisible. La bonne cadence est d’un roman tous les deux ou trois mois, intercalé avec autre chose.

Combien de temps pour chacun

Comptez trois cents à trois cent cinquante pages en moyenne, et quatre à six heures de lecture réelle pour un lecteur moyen. Les chapitres courts donnent l’impression d’avancer vite, ce qui n’est pas une illusion : ces livres se lisent souvent en deux ou trois soirées.

C’est un point non négligeable pour qui sort d’une période sans lecture. Un roman qui se termine en trois jours rétablit le sentiment d’accomplissement que les pavés abandonnés ont détruit. La méthode complète pour relancer une habitude de lecture se trouve dans notre article sur la panne de lecture.

À qui ces romans s’adressent réellement

La question mérite d’être posée franchement, parce que le malentendu produit beaucoup de déceptions dans les deux sens.

Ces livres s’adressent à un lecteur qui traverse quelque chose, ou qui a traversé quelque chose. Une séparation, un deuil, un parent qui décline, une maternité plus compliquée que prévu, une amitié qui se délite. Le roman fonctionne alors comme un miroir qui ne juge pas, et cette fonction n’a rien de méprisable : elle correspond à un des usages les plus anciens de la lecture.

Ils ne s’adressent pas à un lecteur en quête de forme. Si vous cherchez une phrase qui vous arrête, une construction qui vous surprend, un point de vue narratif qui se dérobe, vous ne les trouverez pas ici, et le reproche que vous ferez à l’autrice sera un reproche adressé au mauvais livre.

Une observation revient chez beaucoup de lectrices et de lecteurs : ces romans se prêtent particulièrement bien aux périodes de fatigue. Les chapitres courts, le ton familier et la promesse implicite que tout ne finira pas trop mal permettent de lire quand la concentration est basse. C’est une qualité, pas un défaut, et c’est un usage que la critique littéraire prend rarement au sérieux.

Enfin, ce sont des livres qui se passent de main en main. La proportion de lecteurs qui en ont reçu un en cadeau, ou qui l’ont emprunté à une amie, est probablement plus élevée que pour n’importe quel auteur français vivant. Cette circulation dit quelque chose du lien qu’ils créent.

Les critiques, prises au sérieux

Trois reproches reviennent, et ils méritent une réponse honnête.

Le premier porte sur la langue. Elle est simple, sans recherche stylistique, avec des phrases courtes et un vocabulaire courant. C’est un choix, pas une maladresse, et il sert la lisibilité. Mais un lecteur habitué à une prose travaillée s’ennuiera.

Le deuxième porte sur les fins. Elles sont souvent réparatrices : le lien se recrée, la parole se libère, la douleur trouve une place. Ceux qui trouvent cela artificiel n’ont pas tort. Ceux qui y trouvent une consolation n’ont pas tort non plus, et il n’y a rien de honteux à lire pour être consolé.

Le troisième porte sur la répétition du dispositif. Il est fondé, et c’est la raison pour laquelle il vaut mieux espacer les lectures plutôt que d’enchaîner.

Un plan de lecture en trois titres

Pour se faire une idée juste sans y passer six mois : Il est grand temps de rallumer les étoiles pour le versant familial et solaire, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie pour le versant grave, et Les Possibles pour le versant le plus adulte. Trois livres, trois tons, et une idée précise de ce que vaut l’autrice.

Si vous voulez sortir de la littérature française contemporaine et changer complètement de registre, notre guide sur Colleen Hoover traite un phénomène comparable dans le monde anglo-saxon. Et si l’ironie sociale vous intéresse plus que l’émotion, essayez plutôt Jane Austen. D’autres romans et genres sont décryptés dans la rubrique romans.