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Joël Dicker : dans quel ordre lire ses romans

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Joël Dicker : dans quel ordre lire ses romans

L’œuvre de Joël Dicker pose un problème que peu d’auteurs contemporains posent : elle mélange une trilogie déguisée et des romans totalement autonomes, sans jamais l’annoncer sur les couvertures. Résultat, beaucoup de lecteurs découvrent le narrateur Marcus Goldman au milieu de son histoire, apprennent par accident le sort d’un personnage qu’ils auraient dû découvrir en tremblant, et perdent une partie du plaisir. L’ordre compte ici, et il n’est pas celui qu’on croit.

Le cœur du problème : un cycle qui ne dit pas son nom

Trois romans partagent le même narrateur, l’écrivain new-yorkais Marcus Goldman, et le même enquêteur récurrent, le sergent Perry Gahalowood. Ces trois livres ne sont pas numérotés, ne portent aucune mention de série, et sont parus à huit ans d’intervalle pour le premier et le dernier.

Le premier est La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, paru en 2012. Le deuxième, Le Livre des Baltimore, paru en 2015, se déroule en partie avant les événements du premier. Le troisième, L’Affaire Alaska Sanders, paru en 2022, reprend directement après le premier, et suppose que vous le connaissez de bout en bout.

Ce mélange crée deux fausses bonnes idées. La première consiste à lire dans l’ordre chronologique interne, en commençant par Le Livre des Baltimore parce qu’il raconte la jeunesse de Marcus. C’est une erreur coûteuse : ce roman contient des allusions au dénouement de Harry Quebert. La seconde consiste à considérer chaque livre comme indépendant et à piocher au hasard. Cela fonctionne pour deux des trois, jamais pour le dernier.

L’ordre qui préserve toutes les révélations

Pile de romans posés sur une table basse près d’un fauteuil de lecture

La règle est simple et tient en une phrase : l’ordre de parution est le bon, à l’intérieur du cycle Goldman comme en dehors.

OrdreTitreStatutNote
1La Vérité sur l’affaire Harry QuebertCycle GoldmanLa porte d’entrée obligatoire
2Le Livre des BaltimoreCycle GoldmanÀ lire après le 1, jamais avant
3L’Affaire Alaska SandersCycle GoldmanSuppose le 1 entièrement connu
LibreLa Disparition de Stephanie MailerIndépendantAucun prérequis
LibreL’Énigme de la chambre 622IndépendantAucun prérequis
LibreUn animal sauvageIndépendantAucun prérequis
LibreLes Derniers Jours de nos pèresIndépendantLe premier livre, à part

Les quatre romans classés libres peuvent s’intercaler n’importe où. Ils ne partagent avec le cycle ni personnages, ni lieux, ni chronologie.

Une nuance mérite d’être posée tout de suite : le cycle Goldman n’est pas une trilogie au sens strict. Le deuxième volume n’a aucune intrigue policière commune avec les deux autres, et le troisième pourrait presque se lire seul si l’on acceptait de connaître à l’avance le dénouement du premier. Personne ne devrait accepter cela. Les trois se lisent donc dans l’ordre de parution, sans exception, et les quatre autres se piochent selon l’humeur du moment.

Pourquoi commencer par Harry Quebert

Le roman de 2012 reste la meilleure introduction pour trois raisons concrètes.

Il contient toute la mécanique Dicker à l’état pur. Un narrateur écrivain en panne, un mentor charismatique accusé de meurtre, une enquête menée trente ans après les faits, des chapitres qui remontent le temps, et une structure en compte à rebours qui donne au lecteur l’impression d’assembler lui-même le puzzle. Cette architecture en poupées revient dans presque tous ses livres, avec plus ou moins de réussite.

Il fixe les personnages du cycle. Marcus, sa manière d’écrire, sa relation au succès, et surtout Gahalowood, l’enquêteur bourru dont l’humour porte une partie du livre. Découvrir Gahalowood ailleurs qu’ici, c’est le rencontrer sans son contexte.

Il est le plus généreux en fausses pistes. Le roman change de coupable à plusieurs reprises, et chaque retournement remet en cause le précédent. C’est le type d’expérience de lecture qui ne se reproduit qu’une fois : autant la vivre en premier.

Comptez sept cents pages environ. Le rythme est très soutenu, avec des chapitres courts et de nombreux cliffhangers. Les lecteurs y passent souvent trois ou quatre soirées seulement.

Le Livre des Baltimore, un roman qui n’est pas un polar

Le deuxième volume du cycle déroute ceux qui attendent une enquête. Il n’y en a pas, ou presque. Marcus raconte la famille de son oncle, les Goldman de Baltimore, leur richesse apparente, leurs enfants brillants, et un drame que le récit désigne dès les premières pages sans jamais le nommer.

Le suspense y est d’un autre ordre : on ne cherche pas un coupable, on cherche à savoir ce qui s’est passé et pourquoi tout s’est effondré. C’est le roman le plus intime de l’auteur, souvent le préféré de ses lecteurs les plus fidèles, et souvent une déception pour ceux qui viennent uniquement pour le frisson policier.

Le sachant, on peut le placer plus tard, sans nuire à la compréhension d’Alaska Sanders. Mais on le place toujours après Harry Quebert.

L’Affaire Alaska Sanders : la vraie suite

Ce roman de 2022 est le seul de l’œuvre qui exige un prérequis. Il reprend l’histoire quelques années après la fin de Harry Quebert, avec les mêmes personnages, dans le même New Hampshire, et il revient explicitement sur ce qui s’y est joué. Le lire en premier revient à se spoiler soi-même la fin du livre fondateur.

Sur le plan de la construction, c’est le plus classiquement policier des trois : une jeune femme retrouvée morte au bord d’un lac, un coupable désigné trop vite, un dossier rouvert onze ans plus tard. La mécanique est efficace, la lecture rapide, et les retrouvailles avec Gahalowood font une partie du plaisir.

Les indépendants, et par lequel les aborder

Rayonnage de bibliothèque avec des romans alignés et un fauteuil au premier plan

La Disparition de Stephanie Mailer, paru en 2018, est probablement le plus réussi des romans hors cycle. Une journaliste affirme que la police s’est trompée sur un quadruple meurtre vieux de vingt ans, puis disparaît. La construction est chorale, avec une dizaine de points de vue, et un dénouement qui tient debout, ce qui n’est pas toujours le cas chez cet auteur.

L’Énigme de la chambre 622, paru en 2020, quitte l’Amérique pour la Suisse, mêle une intrigue de palace, un jeu d’espionnage bancaire et un récit autobiographique où l’auteur se met lui-même en scène. Ce jeu de miroirs divise beaucoup : certains lecteurs adorent, d’autres trouvent le procédé trop appuyé.

Un animal sauvage, paru en 2024, se déroule à Genève autour du projet de braquage d’une bijouterie et d’un couple observé par un voisin. C’est le plus court, le plus resserré, et une bonne porte d’entrée pour un lecteur pressé qui veut tester l’auteur sans s’engager sur sept cents pages.

Les Derniers Jours de nos pères, premier roman publié en 2010, raconte l’entraînement des agents secrets envoyés en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n’a presque rien à voir avec le reste : ni enquête, ni narrateur écrivain, ni structure en spirale. À réserver aux lecteurs déjà conquis.

Les tics de construction, une fois qu’on les voit

Trois procédés reviennent d’un roman à l’autre, et les repérer ne gâche rien : cela permet au contraire de mieux apprécier ce que l’auteur en fait.

Le compte à rebours d’abord. Presque tous ses livres numérotent leurs parties à l’envers, ou annoncent dès les premières pages un événement qui n’arrivera qu’au bout de six cents pages. Le lecteur lit donc en sachant où il va, sans savoir comment. Cette tension par anticipation est le moteur principal.

L’écrivain dans le roman ensuite. Marcus Goldman écrit un livre sur l’enquête qu’il mène, ce qui permet à l’auteur d’insérer des conseils d’écriture, des scènes de dédicace, des considérations sur le succès. Le procédé amuse les uns et agace les autres, mais il produit toujours le même effet : il ralentit l’intrigue au moment précis où le lecteur voudrait accélérer.

Le retournement en cascade enfin. Ce ne sont jamais un mais trois ou quatre coupables successifs. Chaque révélation invalide la précédente, et la dernière arrive dans les cinquante dernières pages. C’est le point où l’exécution devient inégale : dans les meilleurs titres, tout tient debout à la relecture. Dans les moins bons, certains détails ne résistent pas.

Ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Trois avertissements honnêtes, qui évitent les déceptions.

Les personnages sont au service de l’intrigue, pas l’inverse. Les motivations tiennent parfois à peu de chose, et le lecteur exigeant sur la psychologie trouvera cela mince. Ce n’est pas de la littérature de caractère, c’est de la littérature de mécanique narrative, et elle assume ce choix.

Les dialogues sont nombreux et les chapitres courts. C’est ce qui rend ces livres si rapides à lire malgré leur épaisseur : sept cents pages de Dicker se lisent au rythme de trois cents pages d’un roman classique. Ne vous laissez pas impressionner par le volume.

Les révélations finales sont parfois vertigineuses, parfois tirées par les cheveux. La qualité n’est pas homogène d’un titre à l’autre, et c’est précisément pour cela que l’ordre importe : commencer par le plus solide, c’est se donner envie de continuer.

Un plan de lecture sur trois mois

Une progression qui fonctionne bien pour un lecteur qui découvre tout : Harry Quebert d’abord, puis un roman d’un autre auteur pour laisser retomber, puis Stephanie Mailer, puis Le Livre des Baltimore, et enfin Alaska Sanders. Cette alternance évite l’effet de saturation, très réel chez cet auteur dont les tics d’écriture finissent par sauter aux yeux quand on enchaîne quatre titres d’affilée.

Si l’enchaînement vous a épuisé et que plus rien ne prend, le remède est ailleurs : notre guide pour sortir d’une panne de lecture traite précisément de ce cas. Et pour un contrepoint radical, avec des textes de trente pages qui se referment tous, essayez les nouvelles de Guy de Maupassant. D’autres parcours d’auteurs vous attendent dans la rubrique auteurs.